La marche du ndem

Le 28 févier 2008, 12H. Les émeutes sont à Yaoundé. Je dois traverser le boulevard du 20 mai pour aller chercher ma cousine à l’école primaire du centre. Je croise ceci :

Police 2008

No comment sur ce qu’on a vécu.

Le 28 février 2015, 8H du matin. Je suis au boulevard du 20 mai pour assister à la marche du ndem. Je prends cette photo :

Photo0141

C’est comme ça qu’un gars qui t’a fouetté hier fait pour que tu oublies ses coups de matraques aujourd’hui.

Commençons par le début.

Ma part de 28 février a commencé à Kribi. J’ai toujours su que la malchance ne venait jamais seule. Depuis quelques temps j’ai trop de problèmes avec les contrôles routiers et je pensais qu’en allant à Kribi j’aurai une semaine de répit. Erreur ! L’ambéral est une race plus tenace que la mauvaise herbe. Mais, rassurez-vous, cette fois c’était les gars du ministère des transports en faction entre Kribi et les chutes de la Lobé, bien sûr avec l’ambéral juste à côté.

Ma semaine de vacances avait pourtant bien commencé hein. Je venais de faire salles combles à Douala et Yaoundé pour la célébration de mes 11 ans de carrière en tant qu’humoriste et j’avais décidé d’aller me reposer, avec un couple d’amis, à Kribi. Je sais ce que vous vous dites : pourquoi ce genre de vie n’arrive qu’aux autres ? Assia ! J’étais comme vous, vous serez comme moi…

Bref, je fonce donc vers les chutes de la Lobé. Manger les crevettes au bord des chutes est une escale obligatoire quand on va à Kribi. Sur la route des chutes, je suis encore en train d’admirer les nouveaux vêtements de la ville, le bitume y est excellent, la propreté impeccable…qu’un terrible coup de sifflet vient stopper net mon expectative.

C’est le gars de la prévention routière, ministère des transports, région du sud, département de l’océan, flanqué de son chasuble orange, un badge avec photo, nom et matricule accroché au cou…bref un civil.

Il me demande le dossier du véhicule et mes papiers personnels. Je refuse net. Je ne sais pas ce que la sorcellerie me donne hein. Mais des deux choses l’une : soit j’aime les problèmes, soit je marche trop avec les bassas ces derniers temps.

J’explique au gars que dans les Lois de la République du Cameroun, seul un homme en tenue a le droit de demander les papiers à un civil. Donc je ne remettrai mon dossier et mes papiers qu’à un homme en tenue.

Le type s’est fâché hein. C’était comme si j’avais insulté sa maman.

Il demande à voir le triangle, extincteur, chasuble, boîte à pharmacie. Je m’exécute car j’estime que voilà le travail de la prévention routière. Tout est correcte. J’ai retenu les leçons des dernières fois.

Le gars décide de me coller une amende pour non port de la ceinture de sécurité. Ceux qui me connaissent savent que je suis un fanatique de la ceinture de sécurité hein mais vrai vrai le jour là je ne l’avais pas mise. Je wanda quand même qu’il y a au moins quatre voitures qui sont passées entre temps et personne n’avait la ceinture de sécurité. Comme j’avais déjà malbouché le gars d’autrui, je devais seulement payer sans discuter.

Je lui demande donc un reçu du paiement de l’amende.

Le gars s’est encore fâché hein. C’était comme si j’avais pris sa femme.

Bien sûr, têtu comme une mule je n’en démord pas : je paye l’amende mais je veux mon reçu.

Finalement le gars me dit de partir avec ma malchance.

Mercredi 25 février vers 19H, un coup de fil de Yaoundé m’oblige à précipiter mon retour sur la capitale.

Jeudi 26 février à 4H30 du matin je démarre de Kribi pour être sûr d’arriver tôt à Ongola et surtout d’éviter les radars et les contrôles mixtes sur la route (gendarmerie+police+ministère des transports).

Juste après le péage de Kribi, je tombe dans un nerveux trou en plein virage au beau milieu de la chaussée. Je wanda que la sorcellerie existe ! Donc c’est comme ça que les gens meurent sur la route hein ? Je m’en sors avec un pneu crevé et un écrou cassé. Obligé de revenir sur Kribi. Je tape les 25 kilomètres en 2H. Vrai vrai que la malchance ne vient jamais seule.

Arrivé à Kribi, on me dit que c’est jeudi propreté et aucun magasin n’ouvre avant 10H du matin. Je reconfirme que la sorcellerie existe.

Heureusement, il y a toujours un petit malin qui ouvre son magasin quelque part au kwatt. Je repère le gars et il gère mon problème en 30 minutes.

Je fais la route sans soucis jusqu’à Yaoundé.

Vendredi 27 février, la journée passe comme une voiture sur l’axe lourd. Le soir je retrouve les potes chez Tenancière, notre QG à Olézoa.

Moi je règle leur compte aux cocas, Yannick Deubou converse pacifiquement avec ses Guinness et Florian Ngimbis, digne fils de la génération tête baissée, tweet à tout vent devant sa fidèle 33 export. Après il va encore aller faire une pourrie photo pour dire que c’est seulement ça que j’ai dit. En tout cas hein, s’il met des jolies chemises chaque fois qu’il prend une photo avec la 33, moi ça me va.

Samedi 28 février. Je débarque au boulevard du 20 mai à 8H du matin. Une foule immense est déjà présente sur les lieux. 5 minutes après j’appelle Florian Ngimbis pour avoir sa position. Un quart d’heure plus tard on est ensemble. Photos + tweets de Ngimbis. Mon pourri androïde que Papy Bikanda m’a offert me hambock toujours donc les tweets instantanés vont encore attendre.

La marche dure le temps de parcourir la distance qui sépare la tribune présidentielle du boulevard du 20 mai et le rond point primature. Bref on était devant le Hilton.

Photo0135(PS: Vous ne le voyez pas mais au milieu c’est Grégoire Owona. Il a parlé jusqu’ààà… les gars ont commencés a demander le farotage.)

Pour dire vrai hein, la marche là c’était quand même le ndem.

Ça aurait pu être une vraie marche qui mobilise tout le Cameroun hein mais il y a un arrière goût politicien qui planait sur le boulevard du 20 mai ce samedi 28 février.

Yaoundé compte 2 000 000 d’habitants environ. Si on est généreux, on peut dire qu’il y avait 8 000 personnes présentes ce jour là au boulevard du 20 mai.

Premier ndem : la population de la seule ville de Yaoundé n’a pas adhéré au mouvement.

Sur les 8 000 personnes présentes, on peut enlever 4 000 étudiants des différentes universités d’état présent sur les lieux et qui ne sont sûrement pas venus là de leur plein gré, bien que leur patriotisme ne souffre qu’aucun doute. Donc, on peut dire que 4 000 personnes environ sont venues spontanément participer à la marche.

Deuxième ndem : même X Maléya seul fait plus de monde en remplissant le palais polyvalent des sports de Warda.

Même le gouvernement n’était pas au complet.

Troisième ndem : le Premier ministre devait être occupé, le Président du Sénat est trop vieux pour ce genre de conneries. Pour le boss de la Cours Suprême, c’est pas le genre de chose qui l’intéresse et quand à Paul Biya, notre Président éternel, je ne sais même pas s’il était au courant du mouvement.

Bien sûr le très remuant Grégoire Owona, Greg pour les intimes, a fait un show dont il a seul le secret. Maintenant que Maa Foning est partie, qui pourra le concurrencé ?

Quand à moi, je suis allé marcher pour deux raisons. D’abord pour rendre compte à mes lecteurs de ce que j’ai vu (en français facile : pour avoir un kongossa) mais surtout parce que j’estime qu’il est de mon devoir de soutenir des hommes qui se battent pour la nation et qui sont prêts à donner leur vie pour préserver nos frontières. Respect les gars !

Mais j’ai quand même un mot à l’endroit de nos vaillants soldats.

Aujourd’hui vous avez besoin du soutien des populations pour votre moral au front, vous savez que l’avez même déjà depuis avant le début des hostilités. Mais hier, quand nous, les populations civiles et désarmées, avons eu besoin de votre soutien, vous vous êtes contenté d’obéir aux ordres de la hiérarchie et nous n’avons eu pour seul soutien que des coups de feu.

Ce hier là, c’était le 28 février 2008 et j’étais présent ce jour là aussi au boulevard du 20 mai.

Les organisateurs de la marche du 28 février 2015 prétextent de leur bonne foi quand au choix de la date, ils se défendent en disant qu’une autre date aurait aussi été sujet à polémique, le seuls soucis c’est qu’il n’y a qu’une seule date et un seul mois où les militaires camerounais (surtout le BIR) ont tirés sur les civils camerounais.

Car, le 28 février 2008, après avoir pu extirpé ma cousine de l’école primaire du centre, essuyé quelques coups de matraques du GSO, je remonte à Etoa-Meki où je croise une unité du BIR entrain de foncer vers Elig Edzoa. Quelques minutes après, j’entends des coups de feu. Le même soir, des familles entières pleurent des disparus.

Il paraît même aussi que cette date, le 28 février, correspond à la condamnation à mort, par contumace, de l’ancien Président de la République du Cameroun pour haute trahison.

Si les organisateurs de la marche de samedi dernier préfèrent crier au scandale face aux critiques portant sur le choix de la date, en refusant d’admettre que la première raison du très faible intérêt des camerounais pour cette marche a justement été le choix de la date, c’est que les gens aiment bien la sorcellerie.

En tout cas hein, moi je m’en fou, je parle mes choses. Celui qui n’est pas content, qu’il saute, si ça l’énerve, il cale en l’air.

Stop BH

 

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